"L'accouchement et la naissance devraient se vivre dans la dignité et la solidarité, dans le respect des femmes, des familles, du bébé qui vient, dans une vraie célébration de la vie."

Isabelle Brabant, Sage-femme
3 mai 1996

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La confiance et le respect, une exigence pour l'enfantement

Déclaration des groupes citoyens et de parents

De janvier à février 2018, les groupes citoyens qui revendiquent l'accès aux sages-femmes et les réseaux de parents mobilisés dans leur maison de naissance se sont exprimés pour réaffirmer leurs attentes concernant les soins entourant l'enfantement avec sages-femmes. Une centaine de personnes ont participé aux 16 ateliers organisés partout au Québec par le Groupe MAMAN, Mouvement pour l'autonomie dans la maternité et l'accouchement naturel, et 1 300 de plus ont partagé leurs expériences et aspirations dans le cadre d'une consultation en ligne. Cette grande consultation constitue la prémisse de la présente déclaration.

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Nous, femmes et personnes qui accouchons issues de tous horizons, affirmons par cette déclaration nos attentes et aspirations pour nos enfantements et appelons de tous nos vœux des conditions de soins et de suivi qui les respectent.

 

Depuis que le monde est monde, nous enfantons et les bébés naissent. La grossesse, l'enfantement et l'allaitement constituent un processus physiologique normal. Nos corps et nos esprits sont forts et puissants, loin de la défaillance et de l'incapacité induites dans l'imaginaire collectif au cours de l'histoire de l'obstétrique et par une culture où l'on cherche toujours plus à standardiser et contrôler la naissance.

 

Hier, nous nous sommes mobilisées pour obtenir des services de sages-femmes accessibles et couverts par le système d'assurance-maladie. Aujourd'hui, nous observons que le système réduit notre pouvoir d'enfanter par nous-mêmes et met sous pression les sages-femmes en compromettant de multiples façons leur autonomie de pratique et leur jugement clinique.

 

Il est urgent de changer de paradigme : la confiance et le respect sont absolument essentiels pour des naissances en santé (physique et mentale) et pour l'épanouissement des femmes et des personnes qui accouchent ainsi que de leurs familles.

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Nous revendiquons la pleine confiance en notre capacité à enfanter par nous-mêmes.
Cultiver la confiance autour de l'enfantement nécessite de placer le respect de la physiologie au cœur des naissances. Cela passe par une relation de confiance avec la sage-femme que nous avons choisie pour nous accompagner ainsi qu'un profond respect pour la signification que nous portons à cet événement. Construire une relation de confiance dans un cadre de reconnaissance de notre propre pouvoir est un processus mutuel. C'est pourquoi nous tenons, pour nos suivis de grossesses, à développer, dans la continuité des soins, une relation personnelle et égalitaire, dans laquelle jamais nous nous sentons rabaissées, menacées dans notre autonomie ou notre capacité à enfanter. Nous croyons que le rôle des sages-femmes est de préserver, tout au long du suivi, cet espace de confiance et de respect propice à des conditions favorables pour enfanter dans notre pouvoir.

 

Nous exigeons le respect de nos choix, parce que c'est une question de droits.
Nos corps et nos enfants à naître sont de notre responsabilité. Nous voulons choisir à tout moment, de manière éclairée, les conditions qui entourent notre enfantement : choix du lieu d'accouchement, choix du ou de la professionnel.le de santé pour nous accompagner, choix des personnes qui nous accompagnent, choix d'accepter ou de refuser des soins, choix d'enfanter seule. Nous voulons que l'organisation et les conditions des services soient conçues pour respecter nos choix, y compris lorsque ceux-ci nous amènent à vouloir nous soustraire aux soins de notre professionnel.le de santé ou à refuser un traitement. Respecter nos choix, c'est placer les besoins de la personne qui accouche au devant des exigences ordonnées par les protocoles.

 

Nous voulons que toutes les femmes et personnes enceintes qui souhaitent enfanter accompagnées d'une sage-femme y aient accès.
Alors que seulement 4% des femmes ont accès aux services de sages-femmes, nous exigeons que le gouvernement déploie des moyens appropriés pour rendre accessibles les services de sages-femmes à toutes les personnes qui le souhaitent où qu'elles vivent au Québec. Nous voulons aussi que la pratique sage-femme soit de plus en plus inclusive pour permettre aux personnes qui ne sont pas rejointes par la forme de pratique actuelle de le devenir : personnes en situation de vulnérabilité, personnes à statut migratoire précaire, personnes isolées en région, personnes racisées, personnes trans et non-binaires… Cela implique de travailler de concert pour faire tomber les nombreux préjugés qui persistent à propos de la pratique sage-femme ainsi que de faire un réel effort d'adaptation des services et de communication à destination de ces populations.

 

Nous revendiquons la reconnaissance, le soutien et l'autonomie des communautés au sein des services de sages-femmes.
Le choix du suivi sage-femme n'est pas un choix anodin, c'est un choix collectif d'enfanter au cœur d'une communauté qui tisse des liens de partage, d'entraide et de solidarité. La maison de naissance se définit d'ailleurs comme « un milieu de vie qui répond aux besoins de la communauté dans laquelle elle est installée. On y développe une vision sociale et citoyenne de la naissance qui reconnaît que celle-ci appartient aux femmes et à leur famille ». La participation des parents, à qui l'établissement confère des moyens réels et adaptés à leur réalité, est le fondement même du caractère communautaire d'une maison de naissance. Les communautés sont les mieux placées pour mettre en place des services répondant à leurs besoins, c'est pourquoi nous demandons soutien et reconnaissance de la participation citoyenne. Si la naissance appartient avant tout à celles et ceux qui la vivent, l'autonomie des groupes citoyens et de parents doit impérativement être reconnue.

 

Nous revendiquons des conditions de formation et de pratique à la hauteur de l'engagement des sages-femmes.
Nous sommes indignées des conditions de formation de nos futures sages-femmes ainsi que des conditions de travail des sages-femmes en fonction. Nous sommes inquiètes du manque de sages-femmes, rendant l'accessibilité et la préservation de la continuité relationnelle difficile, de même que des pressions systémiques exercées par les établissements de santé et autres instances qui fragilisent ces professionnelles qualifiées .Nous exigeons la rémunération des étudiantes stagiaires et des conditions de travail et de salaire pour les sages-femmes qui leur permettent d'exercer dans les meilleures conditions, à la hauteur de leur engagement professionnel. La philosophie de la pratique sage-femme au Québec en est une de qualité de présence et de continuité relationnelle. Nous souhaitons donc une organisation du travail qui renforce cette spécificité en assurant l'autonomie de pratique de chaque sage-femme plutôt que d'imposer des protocoles cliniques qui ne prennent pas en compte les spécificités de chaque femme, personne enceinte.

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Vingt ans après la légalisation, c'est donc toujours avec conviction que les femmes, les personnes qui accouchent et leurs familles continuent de militer pour préserver et promouvoir des enfantements dans le respect et la confiance en leur pouvoir.


Si nous avons individuellement le pouvoir d'enfanter, nous avons collectivement la force de transformer la culture entourant les naissances.

 

Groupe MAMAN, Mouvement pour l'autonomie dans la maternité et l'accouchement naturel

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