"L'accouchement et la naissance devraient se vivre dans la dignité et la solidarité, dans le respect des femmes, des familles, du bébé qui vient, dans une vraie célébration de la vie."

Isabelle Brabant, Sage-femme
3 mai 1996

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Origines


 

Note : La lettre qui suit a été écrite par Josée Cardinal, la fondatrice du Groupe MAMAN. À l'approche de l'assemblée générale de fondation, qui s'est tenue en juin 1997, elle tenait à ce que les membres connaissent les origines du groupe. Nous avons amorcée cette assemblée générale par la lecture de cette lettre puisque Josée ne pouvait être présente. En effet, à cette époque, Josée avait emménagé en Afrique, plus précisément à Bissau en Guinée-Bissau, avec son mari et ses deux enfants.
Merci Josée pour ce que tu as semé.

Lysane Grégoire

 

 

Le 2 mai 1996, Josée Cardinal (à droite) remet une pétition du Groupe MAMAN ayant recueilli 3000 signatures à madame Sylvie Dillard, sous-ministre au ministère de la santé et des services sociaux.

 

 

le 28 avril 1997

 

Cher Groupe MAMAN,

 

Cette semaine j'ai reçu le courrier de Christiane Brunelle (coordonatrice de la maison de naissance Côte-des-Neiges). Quel bonheur que d'avoir des nouvelles du Groupe MAMAN, notre "bébé", via la Feuille de chou (journal de la maison de naissance) et la Bulle flottante! Ce fut une joie totale de voir les résultats remarquables achevés par vos efforts sous la gouverne de Lysane. Il n'y a rien de matériel en ce monde qui aurait pu me faire plus plaisir que d'apprendre que vous continuiez l'oeuvre commencée...

 

L'intensité des émotions que j'ai ressenties est indescriptible! La joie que cela m'a procurée m'a fait oublier toutes les difficultés encourues ici et m'a ramenée au Québec pour une trop courte visite par l'autoroute de l'esprit. Lorsque j'ai lu qu 'il y aurait une assemblée de fondation en juin, j'ai eu envie d'envoyer ce petit témoignage sur la fondation du Groupe MAMAN, pour le bénéfice des nouvelles mères et membres qui ne connaissent peut-être pas sa "petite histoire" et les origines du mouvement. A défaut d'être présente à votre réunion, je tenais au moins à collaborer, même si de loin! Permettez-moi donc de vous raconter le début:

 

Après la naissance de Janie, le 1er février 1995, je suis allée à quelques reprises à la Maison de Naissance, histoire d'y retrouver l'atmosphère si spéciale qu'on y retrouve à chaque visite. J'aimais beaucoup y rencontrer d'autres femmes pour échanger sur les sujets para-maternels et en particulier l'allaitement. Le 12 mai 1995, je suis allée à une réunion post-natale spéciale qui avait pour but de discuter de l'organisation de ces dites rencontres. Il fallait en quelque sorte mettre sur pied un comité responsable, car il arrivait parfois qu'une mère vienne et n'y trouve personne. Les sages-femmes pouvaient être présentes sur une base informelle, mais désiraient laisser l'organisation plus formelle dans les mains d'une ou de plusieurs mères. La discussion fut fort animée, et plutôt chaotique, dû aux grand nombre de mères (de bambins et de bébés!), et chacune donnait son idée sur ce que l'on pouvait faire de ces rencontres. On suggéra que des ateliers sur différents thèmes soient offerts, tel le massage du bébé ou l'introduction de l'alimentation solide. Peu de mères, de fait, ne trouvait l'énergie pour se porter volontaire et organiser les rencontres.

 

Soudain, une jeune femme du nom de Louise Leroux exprima au groupe son désir d'ajouter une dimension militante à ces rencontres. Etant donné notre attachement à la Maison et à la cause des sages-femmes, (nous craignions à l'époque la fermeture de la Maison), nous pouvions nous rencontrer et faire quelques actions en guise d'appui. Louise proposa qu'à notre prochaine rencontre, chacune d'entre nous apporte une lettre personnelle écrite à l'intention du Ministre de la Santé afin de témoigner de notre grande satisfaction quant au suivi que nous avions reçu à la Maison de Naissance de Côte-des Neiges, et que nous fassions un envoi massif, pour avoir plus d'impact. Ce fut pour moi une véritable révélation! J'étais ébahie par cette idée formidable et promis d'apporter la lettre. Malheureusement, son idée d'aile militantiste fut couverte par le brouhaha et personne n'y répondit concrètement.

 

Une fois chez moi, je pensais beaucoup à cette idée de militantisme.

 

Le 26 mai 1995, j'ai écrit un texte proposant la création du groupe MAMAN (le premier nom que j'avais mis temporairement) et je me suis rendue à notre rendez-vous à la Maison de Naissance. J'étais très excitée de mon projet et j'espérais de tout coeur que cette fameuse Louise serait là pour que je lui en parle. Je n'avais pas de lettre au Ministre. Je voyais plus gros! (Je ne savais pas encore que ma lettre se rendrait 1 an plus tard sous forme d'une pétition bien dodue!) Quel bonheur, Louise était là. Je lui ai présenté mon idée, ou devrais-je dire, de quelle façon son idée s'était concrétisé en mon projet et elle a trouvé l'idée très bonne. En juin, nous nous sommes donc rencontrées à quelques reprises, puis il y a eu un changement...

 

Louise a déménagé pour les Laurentides, et après mûres réflexions, en est venu à la constatation qu'elle n'aurait pas le temps de se joindre à un groupe tel que celui que j'entrevoyais. J'ai été, sur le coup, très, très déçue; puis j'ai réfléchi et constaté quelque chose. En effet, Louise avait eu l'accouchement qu'elle désirait. Ayant accouché à domicile avec sa sage-femme pour son premier bébé, elle l'avait tout naturellement suivi à la Maison de Naissance pour la naissance de sa deuxième fille. Elle était satisfaite et heureuse de son expérience et voulait en témoigner.

 

Mais moi! J'avais connu par deux fois ce que j'appellais le cauchemar d'un accouchement dans un cadre hospitalier tout à fait hostile à l'accouchement naturel.

 

Mon premier accouchement avait été totalement médicalisé et déshumanisé. Le deuxième, par contraste avait été tout à fait naturel, malgré le fait que cela s'était terminé à l'hôpital. J'étais donc particulièrement en mesure de témoigner de la très grande différence, tant au niveau physique que psychologique, entre les deux types d'accouchement, et je voulais maintenant crier sur tous les toits ce que j'avais découvert... Permettez que j'ouvre une parenthèse ici. ...Gandhi avait dit: "Ce n'est pas parce qu'une erreur se propage qu'elle en devient vérité. " De la même façon que les acteurs en médecine officielle ont participé à leur manière à la diminution progressive de l'allaitement maternel en Amérique du Nord, (ce qui est à mon sens une des plus grandes erreurs médicales de l'histoire récente à cause des répercussions directes que cela a sur la santé maternelle et infantile), voilà qu'on avait retiré, subtilement et progressivement, au nom du progrès, la capacité des mères d'accoucher normalement. Sous le règne de la peur, une femme sur cinq aura besoin d'un chirurgien pour enfanter.

 

La femme non informée ou non avertie ne sait pas qu'elle a perdu sa compétence d'accoucher au profit de ceux qui vont prendre en charge l'accouchement et le contrôle de son corps. La pression sociale est tellement forte que bien des mères n'osent avouer à leurs proches leur fort désir de considérer l'acte de donner la vie (et de la nourrir ensuite!) comme étant normal et naturel et ne nécessitant surtout pas d'interventions médicales. On a oublié que cet acte, tout au moins la majeure partie du temps, n'est PAS pathologique. Bravo pour le pourcentage de femmes et de bébés qui sont sauvées grâce aux merveilles de la technologie et de la science moderne! Mais quel drame pour la très grande majorité de femmes qui n'ont pas besoin de cette technologie qu'on leur impose comme si elle allait de soi et qui, les preuves sont là et s'accumulent, font plus de tort que de bien. A quand une médecine réellement scientifique, qui observera les résultats qui parlent d'eux-mêmes et qui avouera qu'elle a péché par l'excès?... Je referme ma parenthèse.

 

Je cherchais, en fait, une tribune. Malgré le désistement de Louise, j'ai continué mes petites actions locales. En ce qui me concerne, le groupe MAMAN existait, même s'il n'y avait qu'un intérêt plus symbolique que concret des autres personnes, du moins au tout début. J'ai passé l'été à assurer une permanence au niveau des rencontres post-natales afin de recruter de potentielles "Mamanettes". (Louise et moi avions rigolé en trouvant ce nom qui faisait explicitement référence aux courageuses Suffragettes). J'ai commencé à organiser un petit réseau de bénévoles extérieures à la maison de Naissance afin de distribuer des brochures et des affiches dans les quartiers Côte-des-Neiges, Snowdon, Outremont et Ville Mont-Royal. Les bénévoles étaient soit des mères (environ 2 ou 3) n'ayant plus de jeunes enfants à la maison, soit des jeunes étudiantes universitaires (environ 6 ou 7) intéressées par la Cause dans le cadre de leurs études. Nous avons distribué des centaines de brochures pour la Maison de Naissance de Côte-des-Neiges. Je commençais à avoir hâte de trouver des mères ayant accouché à la Maison de Naissance qui voulaient sérieusement se mettre à la tâche! Christiane Brunelle m'encourageait beaucoup.

 

A la fin de l'été, les premières mères ont graduellement commencé à former un groupuscule intéressant: Suze-Maggy, Nicole, les "deux" Rina, puis Lysane. Nous avons fait trois réunions pour discuter organisation et stratégie. Le groupe MAMAN fonctionnait, même si peu efficace et à l'état infantile. La pétition a démarré en octobre 95. En janvier, l'implication grandissante de Lysane est venue catalyser le mouvement. Comme mon flambeau vacillait, elle a su le raviver avec une ardeur qui a réanimé la mienne. Concrètement, elle a pris les rênes du groupe et a mené le mouvement vers ce qu'il est aujourd'hui. Je n'oublie pas les femmes qui étaient présentes depuis le début. Elles étaient indispensables à la survie de l'aile militante. L'union fait la force, il est vrai, et je veux souligner le mérite de chacune car c'est ce qui a permis la véritable organisation du groupe. Voilà donc notre petite histoire. Je la trouve merveilleuse... car la petite graine a fait des bourgeons!

 

J'aimerais vraiment être parmi vous... C'est impossible pour l'instant, bien que j'aie un mince espoir de venir pour quelques mois cette année pour de longues vacances. Je vais vous tenir au courant! Mais en attendant, je suis encore dans le groupe MAMAN, en pensée et de coeur, car je me considère comme collaboratrice potentielle, en congé forcé, disons! Par ailleurs, j'aimerais remercier Cinthia et Christiane pour leurs petits mots à mon sujet.dans la Feuille de chou. J'en ai été très surprise et touchée!

 

Je suis sûre que vous me pardonnerez de ne pas avoir donné de nouvelles avant. Ce n'est que le 20 avril que ma vie a recommencé à être normale! (C'est-à dire: quand on s'est installé pour vrai , qu'on a défait nos valises et que j'ai ouvert mon Macintosh, pour la première fois en 10 mois!!) Un jour on s'en reparlera sûrement... Le bateau a tangué dur mais il arrive enfin à bon port. Sachez que de vivre dans un des pays les plus sous-développés de l'Afrique et du Monde défie toute imagination et ce n'est que parce que j'ai deux ans d'expérience dans ce pays que je suis capable d'y vivre actuellement. (Y passer en vacances est une chose, s'y installer en est une autre). Cinq mois après mon arrivée, je suis encore KO et la réception de votre journal et celui de Rafaelle (La Mère Entière) a servi de "booster" .

 

Je sais que je suis encore pas mal secouée de l'année que je viens de vivre et je vous demande de m'envoyer de belles ondes positives pour que je continue à m'impliquer ici du mieux que je peux!

 

Je vous souhaite beaucoup, beaucoup de succès dans votre travail et je continue à vous suivre, de loin. J'ai très hâte d'avoir de vos nouvelles et de vous revoir.

 

 

Très affectueusement,


Josée
Bissau, Guinée-Bissau, Afrique de l'Ouest

 

 

La petite graine de Louise que j'ai fait bourgeonner à l'aide du soleil de notre cause, de la pluie du besoin des mères et du sol de la présence des sages-femmes s'est transformée en une magnifique rose printannière.

 

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